De la formation...

La place du genre dans la formation de travailleuse sociale
Les entretiens menés avec deux étudiant-e-s (en fin d’études en cours d’emploi et ayant terminé la formation il y a 2 ans) amènent quelques éléments intéressants concernant la place du genre dans la formation de travailleuse sociale. Seul le module « rapports sociaux de sexe » est focalisé sur le genre et si cette offre est très appréciée, elle est perçue comme insuffisante. Par ailleurs, cette perspective devrait aussi être développée dans la formation continue. L’idéal serait d’intégrer cette approche dans tous les thèmes, mais ça signifierait que l’ensemble des enseignant-e-s devrait être sensibilisé, ce qui est un enjeu de taille.
Le genre permet de déconstruire le social et devrait avoir autant d’importance dans le cursus de formation que le traitement des autres inégalités, telles que l’origine sociale ou la race. La formation est vue comme un élément essentiel pour espérer une compréhension des processus sociaux par les professionnel-le-s et un changement dans les comportements et les institutions. Si les débuts d’institutionnalisation actuels sont réjouissants, nous sommes loin d’une véritable intégration, pour laquelle il faudrait une politique de l’égalité et de la promotion des études genre beaucoup plus ancrée dans la Haute Ecole.

Un module unique centré sur les rapports sociaux de sexe
Il y a eu peu de place au genre dans la formation de travailleuse sociale. « Le module des rapports sociaux de sexe est le seul à considérer spécifiquement la problématique du genre. Ce n'est jamais intégré dans les domaines d'enseignement. Quand on parle 'du résident' par exemple, c'est toujours sur le modèle masculin. Il n’y a pas du tout d'approche transversale, comme une analyse ajoutée à différentes thématiques. » A.

Le genre comme construction sociale : une vision déstabilisante
« Ce module définit le genre comme la façon dont la société, par son fonctionnement même, traite différemment les hommes et les femmes, par ses usages, ses institutions sociales. Il fait prendre conscience du traitement différent selon qu'on est femme ou homme. J’ai totalement adhéré à l'aspect construit du genre. Ce module m’a apporté la réflexion de me dire que ce je suis comme personne est socialement construit. (…) C’est aussi intéressant de voir la réaction des hommes dans ce module, sur 3 hommes, un n'a rien dit depuis le début et a beaucoup écouté, un autre a beaucoup réagi au début puis a pu entendre des choses sur les hommes sans forcément se sentir attaqué et le troisième n' a pas réussi à comprendre qu'on faisait un état des lieux plutôt qu'une critique. Ca m’a montré que les hommes sont autant enfermés que les femmes dans les stéréotypes. » A.

La construction d’une posture professionnelle
« Le semestre du module en Etudes genre a été très important pour moi, notamment pour concevoir les rapports humains. Il m’a apporté beaucoup d’outils d’intervention, d’analyse de pratiques, très utiles. Plus largement une réflexion sur ma pratique. Les échanges avec les autres étudiant-e-s, en emploi aussi, étaient très riches…. Cette formation m’a permis de construire ma posture professionnelle. » E.

Une sensibilisation nécessaire à tous les niveaux
« La perspective genre n’est pas suffisamment intégrée dans la formation. Dans une vision idéale c’est une approche qui devrait être liée à chaque domaine du travail social. Cela signifierait des enseignant-e-s formé-e-s à cette approche, sensibilisé-e-s ; et/ou de faire venir des intervenant-e-s extérieur-e-s. Pour moi ça permet de formater dans le bon sens du terme le cerveau pour faire une déconstruction sociale. Où sont mes stéréotypes, est-ce qu’ils interfèrent avec ma pratique ? Les questions de migrations et d’origines sociales sont mieux prises en compte dans la formation de travail social que le genre. Par exemple il y a plus de campagnes sur le racisme, par contre lorsqu’on essaie de lutter contre le sexisme il y a plus de réticences. » E.