Ancrage du genre - Le genre dans une Haute Ecole

Le genre : une thématique encore peu intégrée, de nombreux défis mais aussi le début d’une légitimité

Nous avons interviewé la professeure Hélène Martin, responsable du module « Rapports sociaux de sexe », pour comprendre le type de formation proposée pour l’intégration du genre dans les thématiques de travail social et plus généralement la place du genre au sein de la Haute Ecole concernée.

La perspective de genre commence à s’implanter dans les Hautes Ecoles spécialisées (HES), ce qui est réjouissant. Par contre cette dynamique est étroitement liée aux intérêts des professeur-e-s et des chargé-e-s de cours d’une part – ce qui signifie qu’il y a très peu d’offres fixes intégrant le genre. D’autre part, les cours et le module centré sur le genre sont optionnels, ce qui signifie que seul-e-s les étudiant-e-s intéressé-e-s par ces questions suivent ces enseignements. Il n’y a donc aucune sensibilisation systématique au sein des HES actuellement. Les étudiant-e-s peuvent suivre un cursus complet sans avoir abordé cette thématique. Et beaucoup d’enseignant-e-s ne la connaissent pas non plus ou n’ont pas de compétences dans ce domaine, celui-ci n’étant pas présent ou « obligatoire » dans leurs cours de formation continue.

Au niveau de l’organisation, au sein de la Haute Ecole Santé Social de Suisse romande (HES-SO), un groupe de professeur-e-s, chargé-e-s de recherche et assistant-e-s d’enseignement se réunit pour soutenir cette perspective, c’est l’« Unité genre et travail socio sanitaire ». Un poste de coordination à 20% existe aussi pour favoriser la mise en réseau et les échanges d’informations en Etudes Genre (LIEGE HES-SO). Sinon il n’y a pas de mesures ou d’objectifs spécifiques liés au genre du point de vue organisationnel.

Au niveau de l’enseignement, le genre est compris comme devant éclairer la posture réflexive de l’étudiant-e et du professionnel-le. Et sinon plus largement, pour reprendre une citation de Mme Martin « Un objectif du module est de montrer ce hiatus entre idéologie ou idéal égalitaire et réalité, qui est fondamentalement structurée par des rapports sociaux de sexe, c’est-à-dire par une division et une hiérarchisation sexuées. Les étudiant-e-s appréhendent ces phénomènes à travers les cours théoriques, le séminaire et les interventions de professionnel-le-s ainsi que par leur travail de recherche, qui les amène à analyser une problématique relative au travail social ».

Reconnaître des logiques sociales genrées pour pouvoir agir sur elles
« Un objectif du module est de montrer ce hiatus entre idéologie ou idéal égalitaire et réalité, qui est fondamentalement structurée par des rapports sociaux de sexe, c’est-à-dire par une division et une hiérarchisation sexuées. Les étudiant-e-s appréhendent ces phénomènes à travers les cours théoriques, le séminaire et les interventions de professionnel-le-s ainsi que par leur travail de recherche, qui les amène à analyser une problématique relative au travail social, par exemple des discours d’éducateurs et d’éducatrices, des fonctionnement institutionnels, des productions culturelles qu’ils et elles rencontreront dans leur travail avec des jeunes (contes, clip vidéo, etc.), des discours d’usagers et usagères des services sociaux. » …. « Connaître ces faits, reconnaître des logiques sociales qui passent pourtant pour des évidences naturelles ou pour les conséquences de choix individuels, c’est se permettre d’avoir une action sur elles. » Prof. H. Martin.

Encore du travail pour intégrer le genre…
« Le genre n’est pas encore assez intégré. Il faudrait que ce soit une dimension fondamentale de la formation, ce qui n’est pas encore le cas. Mais il y a de gros progrès depuis quelques années : avant, cette perspective n’était pas légitime. Or sa légitimité n’est plus remise en question actuellement. Mais il faut que ça continue et pour cela nous devons constamment effectuer un travail de promotion des études genre. » …. « En bref, il manque une réflexion de fond sur le genre, qui n’est pas assez intégré ni dans la formation ni dans la pratique. » Prof. H. Martin.

Quelques pistes pour améliorer la situation
« Une option pour intégrer le genre serait d’avoir des responsables genre dans l’école. Sortir de l’initiative individuelle, certes encouragée, pour aller vers quelque chose de plus institutionnel. Rendre la perspective de genre obligatoire, au même titre que d’autres. Au niveau du cursus de formation, il faudrait insister pour que tous les étudiant-e-s passent au moins par une sensibilisation aux rapports sociaux de sexe. Parler des rapports sociaux de sexe au même titre que d’autres rapports sociaux. » Prof. H. Martin.