... à la pratique

Les apports d’une perspective de genre dans la pratique professionnelle
Les deux parcours professionnels montrent certains apports de la formation sur l’approche des rapports sociaux de sexe à travers trois expériences, l’une dans un poste centré sur le désendettement, l’autre dans une fonction liée aux violences envers les femmes et le troisième dans une institution psychiatrique. Sont mises en évidence surtout :

  • une réflexion sur sa propre pratique professionnelle et des outils d’analyse des pratiques
  • un regard critique sur les rôles stéréotypés attribués aux femmes et aux hommes dans les relations professionnelles, qu’ils soient encadrant-e-s / soignant-e-s ou patient-e-s ; montrer aux personnes avec qui elle travaille que d’autres attitudes sont possibles, d’autres manières de voir les situations
  • la place des femmes et des hommes et de la division du travail dans l’institution où elles sont actives, les résistances lorsqu’on veut essayer de remettre en cause cette répartition du travail.
  • la construction de sa posture professionnelle
  • des outils d’intervention, des pistes de compréhension de la situation des personnes avec qui on travaille

Un exemple concret d’usage du genre
« Ces outils sont importants pour tous les sujets. Dans mon emploi au Centre social protestant par exemple. Si on construit un budget avec un couple on peut se demander pourquoi l’homme a de l’argent de poche et la femme pas ? C’est aussi important dans tout ce qui est gestion institutionnelle: qui occupe les postes hiérarchiques, comment y accéder, qui occupe les places dans les groupes de travail. Essentiel également dans des projets qui peuvent être mis en place : est-ce qu’on considère les personnes pour accompagner le changement, ou alors on les enferme dans les stéréotypes ?
Pour donner un exemple concret, j’ai essayé de faire changer les formulaires statistiques, et aussi les formulaires de premier contact, qui étaient remplis par le secrétariat. C’était écrit uniquement au masculin, pour les client-e-s et les intervenant-e-s. Pour les statistiques du secteur social, on a essayé d’introduire de nouvelles données qui pouvaient nous intéresser. Qui a pris contact ? par exemple. Qui (hommes / femmes) consulte sur quel thème ?
Nous avons aussi adapté nos formulaires pour les budgets. Par exemple en ne mettant pas « 1er » revenu et « 2e » revenu mais de faire deux revenus neutres. »
E.

Besoin de formation continue
« J’aurais besoin de formation continue, surtout sur la mise en pratique, pour arriver à faire le lien entre l’analyse sociétale et la pratique professionnelle. J’aurais besoin d’échanger avec des professionnel-le-s qui ont la même démarche que moi. Et essayer d’avoir des outils, que l’on puisse expérimenter sur la durée. » E.

L’apport : un regard neuf sur les pratiques professionnelles
« Je me suis demandé dans quelle mesure dans mon équipe les femmes et les hommes s'occupaient de la même manière des femmes et des hommes. Nous avons 30 résidents, une majorité d'hommes, dont pas mal qui sont violents, bruyants, désagréables ou alcooliques. Quand c'est des hommes, j'ai l'impression qu'il y a beaucoup plus de tolérance, on va moins vite se demander si leur place est au foyer. Lorsque des femmes étaient perturbatrices, on leur a dit beaucoup plus rapidement que leur place n'était pas ici. (…) Cette formation m'a apporté un esprit critique. Je me surprends moi-même à avoir des comportements stéréotypés. »
« Un exemple concret : récemment il fallait libérer une chambre simple dans le foyer. On a sorti une femme d'une chambre pour la mettre en double avec une autre femme pour libérer une chambre simple. Alors qu'il y aurait eu plein d'options avec des hommes. J’ai relevé cette logique et le chef a reconnu que probablement j’avais raison, le choix de déplacer une personne s’est porté sur cette femme car on a pensé qu'elle n'allait pas faire d'histoire. »
A.

Convaincre pour amener le genre dans l’institution
Pour intégrer le genre dans l’institution professionnelle « Il faudrait avoir une discussion en équipe, pour convaincre les collègues. Et pour cela il faut être au clair sur les objectifs et en premier lieu démontrer les stéréotypes et différences existantes, sinon ils ne le croiraient pas. Et ensuite il faut montrer en quoi il serait important de changer ces comportements. L'implication de la direction serait primordiale. » A.